01-06-2019

Crise de l'eau potable en France et dans le monde

Crise de l'eau potable en France et dans le monde

Les nombreuses alertes de différentes sources concernant la crise de l'eau potable sur Terre n'ont rien de nouveau... et pourtant, il aura fallu attendre 2019 et l'annonce de mesures de restriction de la consommation d'eau en France pour prendre la mesure du problème. Onze départements sont concernés et l'alerte court jusqu'à fin juin (pour l'instant).

Pourquoi manque-t-on d'eau potable ?

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi, il y a un siècle, nos grands-parents disposaient d'un stock théorique de 15.000 mètres cubes d'eau par an et par habitant, tandis que le nôtre avoisine les 3.000 mètres cubes. La première idée que s'en fait l'opinion publique, c'est que nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre, et c'est évidemment un facteur mais c'est loin d'être le problème...

Alors quelles sont les causes de ces pénuries d'eau potable ?

D'une part, l'irrigation forcenée des réserves souterraines les pousse à s'épuiser rapidement et de façon exponentielle, selon l'ONU. Il est clair que dans beaucoup de régions du monde, nous consommons des quantités astronomiques d'eau potable à des fins non alimentaires et dispensables. De plus, les plantes absorbent l'eau en profondeur avant qu'elle ne parvienne aux nappes phréatiques.

D'autre part, et toujours selon l'ONU, les eaux usées industrielles et municipales, ainsi que les produits chimiques agricoles polluent énormément notre eau et en altèrent la qualité, en rendant une grande partie non potable.

Enfin, et il s'agit là du facteur "pas de chance", selon Emmanuelle Wargon (secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire), la France accuse en 2019 un déficit de pluviométrie de 17% par rapport à une année normale.

 

Quelles conséquences ?

Nous savons déjà que la moitié de la population mondiale vit dans des zones où l'eau peut manquer au moins un mois par an... mais avec l'évolution du problème, la pression démographique, et le manque de solutions (d'urgence) que nous connaissons, ce seraient 5,7 milliards d'individus qui pourraient souffrir du manque d'eau en 2050.

 

Quelles solutions ?

Évidemment, à l'échelle citoyenne, il est demandé à chacun de contrôler sa consommation d'eau et d'adopter des réflexes écologiques élémentaires. 

A plus grande échelle, suite à une alerte à la pollution de l'eau en 1997, la ville de New York a entrepris d'assainir les bassins de la ville (soit 5.000 km² de système de purification et de distribution)... ce qui lui vaut aujourd'hui d'être prise en exemple pour la qualité de ses eaux potables.

Cette solution est évidemment complexe à mettre en place ailleurs, surtout dans l'urgence de la pénurie qui nous pend au nez, mais des chercheurs se penchent régulièrement sur le problème et plusieurs Start-Ups ont fait preuve d'innovation et d'ingéniosité :

- Michel Poyet, entrepreneur d'Aix-en-Provence, défend que 6.500 km cubes d'eau sont disponibles dans l'air que nous respirons. Sa société Water World Solution a donc développé un système permettant d'assainir l'eau déposée par l'air ambiant et humide afin de la rendre potable. Elle est filtrée par des procédés similaires à ceux de l'osmose (charbon actif, sédiment, membrane). L'entreprise a déjà conçu plusieurs prototypes, de la machine domestique aux dispositifs industriels. Malheureusement, cette solution ne s'adapte qu'aux environnements tropicaux et astmosphères humides.

- L'entreprise allemande Aqualonis n'abandonne pas les zones arides à leur sort : le Cloud Fisher est un filet inspiré des toiles d'araignées (récoltant la rosée du matin), qui capture l'eau des brouillards naissant des grands écarts thermiques entre jour et nuit. Le dispositif couvre actuellement les besoins quotidiens de 800 individus sur les hauteurs de l'Atlas marocain, et trouve des applications en Tanzanie et en Californie.

- Enfin, pour les régions semi-arides, Beth Koigi a décidé de capturer l'humidité de l'air grâce à un gel de silice chauffé par des panneaux solaires. Similaire à une éponge, on peut ensuite en extraire l'eau qu'il absorbe. Tout l'intérêt de cette technologie (actuellement testée par la NASA) est qu'elle fonctionne dans un air ambiant chargé à seulement 35% d'humidité.

 

L'avenir de l'Humanité est entre les mains de ces brillants chercheurs, puisque l'être humain ne peut survivre plus de trois jours sans s'hydrater ; cela fait donc de l'eau notre ressource la plus précieuse et notre problème le plus urgent. Dans chacune de ces innovations, il est question d'assainissement, de filtration ou de déssalement. Le traitement de l'eau a donc, lui aussi, de beaux jours devant lui.

En attendant que tous ces dispositifs puissent être mis en oeuvre par chaque municipalité, adoptez des réflexes écologiques, abandonnez les bouteilles d'eau en plastique, et n'hésitez pas à investir dans votre propre système de traitement de l'eau.

 

SOURCE : Les Échos, 21 mai 2019.

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